“LE BRAILLE POUR LES ENFANTS UTILE OU INUTILE?”

Maîtriser le système braille : un essentiel pour les enfants aveugles et amblyopes
Lire et écrire restent les bases incontournables de tout projet éducatif en direction des enfants. Il n’est pas imaginable en effet de concevoir un quelconque parcours scolaire et universitaire sans un apprentissage et une maîtrise précoce de la lecture et de l’écriture. Même à l’heure des nouvelles technologies, lire et écrire en toute autonomie demeurent les bases de tout enseignement, constituent les clés indispensables pour accéder au monde du savoir et de la culture.
Pour l’immense majorité de la population des enfants scolarisés, au moins 95%, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture s’opère à partir du sens visuel qui permet de repérer la forme des caractères, de les identifier, de leur donner progressivement sens et de les reproduire sur un support à l’aide du stylo, du crayon. C’est l’œil qui préside à tout ce travail. C’est ainsi que les spécialistes de l’apprentissage de la lecture des tous petits ont d’abord mis l’accent sur le dessin, sur l’image pour inciter l’enfant à s’intéresser au signe. La main viendra par la suite à l’aide dans la démarche de reproduction, dans l’apprentissage de l’écriture. Je dis la main, je peux évoquer sa motricité, je ne dis pas le toucher. Pourtant, c’est bien sur le toucher que l’enfant aveugle va devoir s’appuyer pour suppléer au sens visuel défaillant.
95% des enfants apprennent à lire et à écrire de la même manière, même si les méthodes d’apprentissages ont évolué au fil des âges et se différencient aussi en fonction des cultures, mais c’est le voir qui préside partout. 5% au plus des enfants de par le monde ont une approchent différente puisqu’ils sont privés totalement ou partiellement de la vue, et c’est le toucher qui va venir à la rescousse.
Jusqu’à il y a deux siècles environ, ne pas voir était synonyme d’impossibilité de lire et d’écrire et, par conséquent, d’incapacité d’accéder au monde du savoir, de la culture. Jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle et nonobstant quelques rares figures disséminées dans l’histoire de notre humanité, l’aveugle était un mendiant, un exclu. Les choses commencent à évoluer timidement dans les années 1780 avec les travaux de Valentin Haüy, mais il faudra attendre les années 1830 et la mise au point par Louis Braille du système de lecture et d’écriture en points saillants qui porte son nom pour voir les personnes aveugles et amblyopes accéder au monde de l’instruction et amorcer leur intégration progressive au sein de la société. Ainsi, les spécialistes des sciences cognitives pourront parler de « la révolution Braille. »
Grâce à la pleine maîtrise du système braille, des femmes et des hommes du monde entier ont pu accéder à de brillantes carrières scientifiques, littéraires, artistiques, ou tout simplement mener une vie professionnelle normale. La liste des scientifiques, écrivains, compositeurs de musique classique ou de variété qui ont pu réaliser leurs projets est longue, on pourra en fournir une en tant que de besoin.
Le système braille est universel, c’est-à-dire utilisé dans le monde entier par plus de 20 millions de personnes.
Par la maîtrise du système braille, l’enfant aveugle ou gravement malvoyant peut donc accéder au texte écrit dans toute sa complexité, sa subtilité. Il peut maîtriser l’orthographe, accéder plus facilement à la complexité syntaxique d’un texte. Il peut ainsi approcher l’écrit de façon totalement autonome, différence notoire par rapport aux procédés basés sur le sonore. Il faut ici souligner que cette capacité à accéder à la lecture silencieuse, à l’intériorisation du texte écrit, a marqué un tournant fondamental dans l’histoire de l’éducation basée jusqu’à la fin du Moyen-Âge sur les méthodes orales. La maîtrise du système braille permet d’accéder à toutes les disciplines aujourd’hui enseignées, qu’elles soient littéraires, scientifiques, juridiques, musicales…
En conséquence, la pleine maîtrise du système braille est le socle incontournable, indispensable pour permettre à l’écolier, au collégien, au lycéen puis à l’étudiant aveugle de poursuivre un cursus scolaire et universitaire parfaitement réussi.
Je dis ici pleine maîtrise car comme tous les systèmes d’écriture, le braille est un système subtil, complexe. Il sera donc essentiel d’en assurer l’enseignement dans toute son étendue, braille intégral, braille abréger, nomenclature scientifique, musicographie braille. Cela exige la présence auprès de l’enfant aveugle d’enseignants spécialisés hautement qualifiés permettant à l’enfant d’accéder à tout le potentiel offert par le système.
Il faut ici souligner la parfaite compatibilité et adaptation du système braille au monde de l’informatique, mais là encore il conviendra d’apporter à l’enfant aveugle les outils indispensables pour profiter à plein de cette compatibilité.
Enfin, reste posée la question de l’apprentissage du braille pour les enfants malvoyants auquel un reste de vision permet pour un temps de suivre une scolarité à partir des supports utilisés par les voyants, même si ces supports sont le plus souvent adaptés, agrandissement de caractères par exemple.
On ne saurait trop recommander l’apprentissage le plus précoce possible, même pour ces enfants, du système braille. Cette approche peut se faire d’une façon ludique, dédramatisée mais plus l’enfant approche le braille petit, plus il sera en capacité d’en utiliser toutes les potentialités.
Avant de conclure, il convient d’élargir rapidement le propos et de souligner que le braille est aussi indispensable dans le monde professionnel. Peut-on imaginer aujourd’hui le cadre d’une entreprise, un ingénieur, un fonctionnaire, un enseignant se passer totalement du support écrit. Ce qui n’est pas envisageable pour tous ces professionnels voyants ne l’est pas davantage pour les professionnels aveugles. Si l’on ambitionne d’ouvrir plus largement le monde de l’entreprise aux personnes privées de vue, il conviendra de leur offrir les mêmes compétences et les mêmes outils qu’à leurs collègues voyants. Dans le monde professionnel aussi, le braille est et reste l’incontournable du professionnel aveugle.

En conclusion, le système braille est et reste indispensable, incontournable pour un parcours scolaire, universitaire et professionnel réussi de la personne aveugle. Sans un enseignement de haute qualité du braille par l’École de la République, le mot école inclusive n’est rien moins qu’une coquille vide.
Vincent MICHEL

Personne aveugle
Docteur en histoire économique et sociale
“LE BRAILLE POUR LES ENFANTS UTILE OU INUTILE?”
Lire et écrire restent les bases incontournables de tout projet éducatif en direction des enfants. Il n’est pas imaginable en effet de concevoir un quelconque parcours scolaire et universitaire sans un apprentissage et une maîtrise précoce de la lecture et de l’écriture. Même à l’heure des nouvelles technologies, lire et écrire en toute autonomie demeurent les bases de tout enseignement, constituent les clés indispensables pour accéder au monde du savoir et de la culture.
Pour l’immense majorité de la population des enfants scolarisés, au moins 95%, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture s’opère à partir du sens visuel qui permet de repérer la forme des caractères, de les identifier, de leur donner progressivement sens et de les reproduire sur un support à l’aide du stylo, du crayon. C’est l’œil qui préside à tout ce travail. C’est ainsi que les spécialistes de l’apprentissage de la lecture des tous petits ont d’abord mis l’accent sur le dessin, sur l’image pour inciter l’enfant à s’intéresser au signe. La main viendra par la suite à l’aide dans la démarche de reproduction, dans l’apprentissage de l’écriture. Je dis la main, je peux évoquer sa motricité, je ne dis pas le toucher. Pourtant, c’est bien sur le toucher que l’enfant aveugle va devoir s’appuyer pour suppléer au sens visuel défaillant.
95% des enfants apprennent à lire et à écrire de la même manière, même si les méthodes d’apprentissages ont évolué au fil des âges et se différencient aussi en fonction des cultures, mais c’est le voir qui préside partout. 5% au plus des enfants de par le monde ont une approche différente puisqu’ils sont privés totalement ou partiellement de la vue, et c’est le toucher qui va venir à la rescousse.
Jusqu’à il y a deux siècles environ, ne pas voir était synonyme d’impossibilité de lire et d’écrire et, par conséquent, d’incapacité d’accéder au monde du savoir, de la culture. Jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle et nonobstant quelques rares figures disséminées dans l’histoire de notre humanité, l’aveugle était un mendiant, un exclu. Les choses commencent à évoluer timidement dans les années 1780 avec les travaux de Valentin Haüy, mais il faudra attendre les années 1830 et la mise au point par Louis Braille du système de lecture et d’écriture en points saillants qui porte son nom pour voir les personnes aveugles et amblyopes accéder au monde de l’instruction et amorcer leur intégration progressive au sein de la société. Ainsi, les spécialistes des sciences cognitives pourront parler de « la révolution Braille. »
Grâce à la pleine maîtrise du système braille, des femmes et des hommes du monde entier ont pu accéder à de brillantes carrières scientifiques, littéraires, artistiques, ou tout simplement mener une vie professionnelle normale. La liste des scientifiques, écrivains, compositeurs de musique classique ou de variété qui ont pu réaliser leurs projets est longue, on pourra en fournir une en tant que de besoin.
Le système braille est universel, c’est-à-dire utilisé dans le monde entier par plus de 20 millions de personnes.
Par la maîtrise du système braille, l’enfant aveugle ou gravement malvoyant peut donc accéder au texte écrit dans toute sa complexité, sa subtilité. Il peut maîtriser l’orthographe, accéder plus facilement à la complexité syntaxique d’un texte. Il peut ainsi approcher l’écrit de façon totalement autonome, différence notoire par rapport aux procédés basés sur le sonore. Il faut ici souligner que cette capacité à accéder à la lecture silencieuse, à l’intériorisation du texte écrit, a marqué un tournant fondamental dans l’histoire de l’éducation basée jusqu’à la fin du Moyen-Âge sur les méthodes orales. La maîtrise du système braille permet d’accéder à toutes les disciplines aujourd’hui enseignées, qu’elles soient littéraires, scientifiques, juridiques, musicales…
En conséquence, la pleine maîtrise du système braille est le socle incontournable, indispensable pour permettre à l’écolier, au collégien, au lycéen puis à l’étudiant aveugle de poursuivre un cursus scolaire et universitaire parfaitement réussi.
Je dis ici pleine maîtrise car comme tous les systèmes d’écriture, le braille est un système subtil, complexe. Il sera donc essentiel d’en assurer l’enseignement dans toute son étendue, braille intégral, braille abrégé, nomenclature scientifique, musicographie braille. Cela exige la présence auprès de l’enfant aveugle d’enseignants spécialisés hautement qualifiés permettant à l’enfant d’accéder à tout le potentiel offert par le système.
Il faut ici souligner la parfaite compatibilité et adaptation du système braille au monde de l’informatique, mais là encore il conviendra d’apporter à l’enfant aveugle les outils indispensables pour profiter à plein de cette compatibilité.
Enfin, reste posée la question de l’apprentissage du braille pour les enfants malvoyants auxquels un reste de vision permet pour un temps de suivre une scolarité à partir des supports utilisés par les voyants, même si ces supports sont le plus souvent adaptés, agrandissement de caractères par exemple.
On ne saurait trop recommander l’apprentissage le plus précoce possible, même pour ces enfants, du système braille. Cette approche peut se faire d’une façon ludique, dédramatisée mais plus l’enfant approche le braille petit, plus il sera en capacité d’en utiliser toutes les potentialités.
Avant de conclure, il convient d’élargir rapidement le propos et de souligner que le braille est aussi indispensable dans le monde professionnel. Peut-on imaginer aujourd’hui le cadre d’une entreprise, un ingénieur, un fonctionnaire, un enseignant se passer totalement du support écrit. Ce qui n’est pas envisageable pour tous ces professionnels voyants ne l’est pas davantage pour les professionnels aveugles. Si l’on ambitionne d’ouvrir plus largement le monde de l’entreprise aux personnes privées de vue, il conviendra de leur offrir les mêmes compétences et les mêmes outils qu’à leurs collègues voyants. Dans le monde professionnel aussi, le braille est et reste l’incontournable du professionnel aveugle.

En conclusion, le système braille est et reste indispensable, incontournable pour un parcours scolaire, universitaire et professionnel réussi de la personne aveugle. Sans un enseignement de haute qualité du braille par l’École de la République, le mot école inclusive n’est rien moins qu’une coquille vide.
Vincent MICHEL
Personne aveugle
Docteur en histoire économique et sociale

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