LA HONTE DU 17 JUIN 2021

Il y a des passages en force qui n’honorent pas ceux qui s’y prêtent. Celui opéré par le gouvernement dans la soirée du 17 juin pour faire passer sa vision de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) en fait partie. Les parlementaires avaient à se prononcer sur une proposition de loi visant à individualiser (ou « déconjugaliser ») cette allocation destinée à compenser l’incapacité de travailler. Un enjeu important puisqu’il s’agissait, ni plus ni moins, que d’en finir avec la dépendance économique de la personne handicapée à l’égard de son conjoint ou de sa conjointe. Il faut en effet savoir que sur 1,2 million de bénéficiaires de l’AAH, 270 000 sont en couple. Or, l’AAH est versée sous condition de ressources de l’autre membre du couple. Autrement dit, son montant (903 euros par mois) baisse dès que celui ou celle-ci gagne plus de 1 020 euros net par mois, jusqu’à disparaître en cas de revenu supérieur à 2 270 euros net. L’allocataire se retrouve alors dans une situation de dépendance financière totale vis-à-vis de son ou sa partenaire, avec toutes les conséquences qu’une telle perte d’autonomie peut avoir en cas de tensions dans la relation. Au-delà de l’aspect purement économique, l’enjeu de cette proposition était donc avant tout sociétal. Il en va de l’émancipation, de l’autonomie et d’une meilleure inclusion de la personne handicapée. À ses débuts, le gouvernement avait annoncé qu’il ferait de l’inclusion des personnes en situation de handicap une des priorités du quinquennat. Il vient de rater une belle occasion de le prouver.
Olivier Milot
telerama.fr

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