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NON-VOYANTS, ILS PRATIQUENT LA PHOTO

Initiative | Pour la première fois, six personnes déficientes visuelles présentent leurs travaux.

Être non-voyant et pratiquer la photographie. Voilà qui peut prêter à sourire. Et pourtant, c'est le défi que viennent de relever, à Montpellier, Claudie GASC et six personnes déficientes visuelles et passionnées de photo. Voir avec le cœur est devenu en quelque sorte leur leitmotiv. À chaque prise de vue, ces amateurs mettent en éveil leurs sens. « On écoute les bruits qui nous entourent, on cherche à s'imprégner du ressenti des lieux et on utilise bien évidemment le toucher, confie Claudie GASC, malvoyante, à l'origine du projet avec son mari. Au final, on arrive comme cela à sélectionner un sujet et à le photographier. » N'est-ce pas là la base de la démarche : capter l'âme d'un lieu ou recueillir l'émotion d’un individu? Appuyer sur le déclencheur n'étant au fond que la finalité. Que reste-t-il réellement quand on a usé de tous les sujets, expérimenté l'ensemble des mises en scène imaginables et exploité la totalité des angles de vue possibles ? Le désir de voir l'invisible. Et c'est là que ces photographes hors norme entrent en scène.

Une aventure née à l'automne

L'aventure du petit groupe a débuté à l'automne dernier. « J'ai toujours pratiqué la photo en compagnie de mon époux, André, qui lui est voyant, raconte Claudie. Et un beau jour, nous avons eu l'idée de partager notre passion et de créer un atelier accessible aux personnes déficientes visuelles. » Pour cela, le couple se rapproche de la Fédération régionale des aveugles et amblyopes de France, basée à Montpellier et œuvrant pour l'insertion des personnes déficientes visuelles. « La FAF nous a permis de monter un atelier au sein duquel André prend en charge l'approche technique de la discipline. »

Avec l'aide de bénévoles

Pour les prises de vue, l'équipe va sur le terrain et arpente les rues de la ville. Dans cet exercice, les personnes aveugles sont aidées par des voyants bénévoles. « Ils les guident en racontant ce qu'ils ont sous les yeux. La direction de leur voix permet souvent de mieux comprendre l'image qu'ils ont devant eux. » Le résultat est surprenant et, la plupart du temps, différent de celui sur lequel s'appuient les critères standards. « Les voyants cadrent d'une certaine manière en essayant, quasiment à chaque fois, de voir le maximum de choses, et cela de façon esthétique. » Les non-voyants et les malvoyants, eux, se consacrent plutôt à mettre en valeur un seul point qui leur paraît important. Une distinction de poids dans la restitution finale de l'image.

Des clichés à découvrir à La Coutinelle

La majorité de ces photographes montpelliérains ne sont pas nés aveugles. « Par conséquent, ils ont gardé en mémoire des formes et des couleurs qui leur donnent un socle visuel. » Grâce à cette initiative et au travail fourni par les participants, une exposition rassemblant 24 clichés sera présentée, du 16 au 30 juin, aux cimaises du restaurant La Coutinelle, situé 25 rue de l’Université. C’est l’occasion de venir constater, en fait, que la photographie sert juste à figer le mouvement humain.

Gil LORFÈVRE

glorfevre@midilibre.com

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